La parole aux sourciers, micro ferme hydroponique en Protection Biologique active

La parole à 09 juillet 2018

La micro ferme « Les Sourciers » est sans conteste un endroit unique en son genre. Nichée au cœur du Gers, dans une campagne exubérante, cette exploitation allie modernité et une vraie culture du naturel avec une énergie communicative. Rencontre avec Marion Sarlé, productrice innovante qui ouvre le champ des possibles et dynamise l’agriculture urbaine par le biais de l’AFAUP (Association Française d’Agriculture Urbaine professionnelle) dont elle est également la vice présidente.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre micro ferme «Les Sourciers».

Marion Sarlé : Notre micro ferme est un projet pilote qui a pour vocation de montrer le potentiel de l’hydroponie en France. Nous nous sommes installés sur ce site de 650m² en 2013 avec mon conjoint. L’idée nous est venue en Argentine où nous vivions. Là bas, l’hydroponie est très développée et beaucoup plus courante qu’en France, son image est très positive. Nous souhaitions proposer des produits hautement qualitatifs aussi bien au niveau du goût que de la sécurité des aliments. Nous nous sommes spécialisés dans la production de plantes aromatiques rares, de légumes anciens, et de fleurs comestibles. Notre volonté était également de nous inscrire dans un circuit local de commercialisation. Notre clientèle est constituée de chefs de restaurants gastronomiques. Nous produisons sans aucun apport de produits phytosanitaires chimiques mais également sans aucun traitement biologique. Notre seule protection réside dans l’apport de macroorganismes auxiliaires, et dans l’utilisation de pièges. C’est dans ce cadre que nous avons approché la société Koppert par le biais de son conseiller local Adrien Lauberton. En parallèle de notre activité de producteurs, nous avons développé une expertise de formateurs spécialisés en hydroponie.

Rappelez-nous le principe de l’hydroponie ? D’où vous vient cette idée de type de production ?

Marion Sarlé : le principe de l’hydroponie est très ancien, l’idée est d’apporter la nourriture à la plante par le biais de l’eau et non de la terre. Les nutriments dissous dans l’eau deviennent disponibles pour les racines. Les nutriments apportés peuvent être d’origine minérale (on parle d’hydroponie) ou organique (bioponie). Ici nous avons choisi un mixte entre bio et hydroponie. Nous utilisons les deux sources. Le circuit est en recirculation permanente. Notre souhait était de retrouver le goût des aliments de nos grands parents tout en s’inscrivant dans la modernité. Nous avons effectué de nombreuses visites sur des sites spécialisés en Uruguay, Chine ou encore Israël. Cette technique permet de s’extraire des sols, de limiter l’impact sur le sol. Technologique, l’hydroponie permet de travailler le goût des aliments en limitant certaines contraintes. Le désherbage est supprimé, la taille, la récolte sont facilités par un travail en hauteur. Des atouts non négligeables !

In fine, les retours de nos clients sur le goût notamment sont excellents. La puissance gustative est très appréciée et certains de nos restaurateurs doivent même réadapter leurs recettes en conséquence. L’hydroponie est également une technique qui ne nécessite pas de gros investissements initiaux. Notre objectif est bien évidemment également de prouver la rentabilité du modèle.

Vous affichez une production sans traitement, comment gérez-vous les attaques des bioagresseurs ?

Marion Sarlé : Nous avons commencé durant les trois premières années par une production sans aucun moyen de protection. Nous avons rencontré des problèmes de pucerons sur concombre, de thrips, d’aleurodes sur verveine, de piérides du choux, de punaises sur poivron. Il y a une acceptation des dégâts évidemment mais aussi un choix de variétés en conséquence. Nous évoluons chaque année et ce critère de sensibilité aux ravageurs nous influence dans nos choix. Nous observons beaucoup nos cultures et la diversité culturale est une grande richesse. Nous cultivons par exemple 7 variétés de basilics sur lesquels la répartition de l’acarien est très différente. Nous réalisons également un vrai vide sanitaire en hiver de décembre à la fin février qui nous aide beaucoup. Enfin depuis 2017, nous travaillons avec Koppert en apportant des auxiliaires qui viennent compléter l’action de ceux déjà présents sur le site. Adrien Lauberton nous aide à mieux comprendre les équilibres en place et à adapter notre stratégie peu à peu. Il forme notre chef de culture, Brice Marlet à la reconnaissance et au suivi des bioagresseurs et de leurs ennemis naturels. C’est rassurant d’avoir son appui et son conseil. Nous apprécions beaucoup sa disponibilité et avons trouvé avec Koppert des valeurs communes. L’entreprise comprend et répond à notre besoin de pédagogie et respecte nos choix de protection volontairement limités. Pour Les Sourciers, la nature doit prendre le dessus et souvent nous la laissons faire. La visite technique du conseiller Koppert est aussi un moment où on prend du recul, on fait un pas en arrière. C’est vraiment utile de pouvoir partager nos observations et de construire ensemble un plan d’action avec une cadence précise dans les apports.

Quels auxiliaires utilisez-vous ?Quels sont vos réussites ?

Marion Sarlé et Brice Marlet : L’an passé nous avons obtenu de très bons résultats avec l’Amblyseius swirskii contre le thrips qui était très présent. En ce début de saison, nous avons très bien maitrisé une forte attaque de pucerons sur persil avec l’Aphiscout, un mélange d’auxiliaires adapté aux pucerons, et des larves de coccinelles. À ce jour le persil est redevenu splendide, on retrouve quelques momies d’Aphidius mais plus de ravageurs. Pour Adrien Lauberton, les deux auxiliaires en force sur le site sont l’Amblyseius swirskii et l’Orius laevigatus. Chaque année est cependant différente et il convient d’être vigilent dans le suivi et la réactivité.

L’hydroponie est une technique très utilisée en Agriculture Urbaine, pouvez-vous nous présenter l’AFAUP qui structure l’A.U. en France ?

Marion Sarlé : L’AFAUP a été crée en décembre 2016. Nous regroupons 90 adhérents, soit environ 1600 personnes et 47 ha de terres cultivées à l’échelle nationale. Nous organisons des ateliers, des débats et sommes organisés en différents collèges. R&D, Juridique, Communication… Les pistes de travail ne manquent pas. Nous travaillons avec la MSA sur le statut de l’agriculteur urbain, nous organisons également un groupement d’achat ;  Koppert s’inscrit dans ce partenariat. Nous fédérons également de nombreux évènements comme par exemple à Rennes, du 9 au 11 juillet prochains l’école d’été de l’Agriculture Urbaine à Rennes. Plus d’informations sur www.afaup.org.

L’un des objectifs de l’AFAUP est de développer des partenariats  et de lier les agricultures. Nous préparons en septembre les journées team building de l’AFAUP. Nous prévoyons de nombreux ateliers thématiques dans notre ferme. Koppert devrait participer à celui sur la protection biologique des cultures.

Quelles sont les forces de l’Agriculture Urbaine aujourd’hui ?

Marion Sarlé : je vois l’Agriculture Urbaine comme un incubateur à bonnes idées, potentiellement utilisables par toute l’agriculture. L’A.U. fourmille de talents et d’énergies. L’AFAUP assure la promotion de toutes les formes d’A.U., qui sont très nombreuses. L’A.U. est complémentaire de l’Agriculture, dans toute sa diversité. Nous sommes en contact avec l’Agriculture traditionnelle et souhaitons développer des partenariats. L’A.U. sa par facilité à communiquer vers le consommateur urbain cherche aussi à transmettre et à faire connaitre la valeur du travail agricole pour une reconnaissance d’un juste prix des produits issus de l’agriculture au sens large. Enfin, nous répondons à un besoin actuel des consommateurs locavores. Les circuits courts sont plébiscités et sont une des bases de fonctionnement de l’AU. A titre personnel, je souhaite mieux faire connaitre l’hydroponie qui est encore trop peu connue et reste à la marge. Les consommateurs locavores augmentent, ce type de production peut répondre efficacement à ce besoin, de façon très qualitative et écologique. Sans aucune prétention à remplacer l’agriculture traditionnelle bien évidemment, l’hydroponie s’inscrit dans une démarche de progression et d’ouverture vers tous les publics.

Rendez vous sur www.lessourciers.com

Découvrez le film sur la Protection biologique chez les sourciers sur la chaine You Tube des Sourciers !

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