Vigilance et performance : clefs de réussite de la pollinisation

La parole à06 juillet 2018

Le point avec Gérald Surena, chef produit pollinisation pour Koppert France.

Qui sont les utilisateurs de bourdons pollinisateurs et ce type de pollinisation augmente-t-il ?

Gérald Surena : il y a deux profils d’utilisateurs, les serristes (tomates à 100%, fraises mais également dans une moindre mesure poivrons, aubergines, cucurbitacées) et les arboriculteurs avec une majorité représentée par les fruits à pépins (pommes, poires), mais aussi l’amande qui se développe dans le sud de la France, le kiwi et la production de semences comme le colza en sélection. La pollinisation par les bourdons a commencé il y a 30 ans et est maintenant complètement intégrée aux pratiques des serristes. L’efficacité est clairement démontrée. Les développements à venir en arboriculture sont les mirabelles et les petits fruits (cassis, myrtilles, framboises) qui représentent une forte demande actuellement.

Rappelez-nous les atouts du bourdon ?

Gérald Surena : en extérieur, les bourdons sont connus pour leur grande tolérance aux variations climatiques. Ils sont actifs même en cas de mauvais temps, ne craignent pas les petites pluies, vents soutenus, la faible luminosité ou les basses températures. C’est un élément clef pour l’arboriculture qui a besoin de sécuriser les productions. Par leur mobilité, les bourdons assurent une très bonne pollinisation croisée. C’est un atout essentiel pour toutes les cultures dioïques (fleurs mâles et femelles séparées). Un autre élément très intéressant est la complémentarité avec les abeilles. Sur cultures d’amandiers, il a été montré qu’en présence de bourdons, l’activité des abeilles est renforcée. Il y a une synergie entre pollinisateurs. Les bourdons travaillent plus tôt que les abeilles et laissent des traces de phéromones sur les fleurs. À leur réveil, les abeilles commencent à butiner et détectent ces phéromones. Elles réagissent en amplifiant leur activité, ce qui entraine une meilleure pollinisation de la culture. 1+1 = 3.

Sous abris, et particulièrement en tomate, la pollinisation vibratile du bourdon est l’atout majeur qui garantit une pollinisation très efficace en faisant tomber une grande quantité de pollen à chaque passage. Le caractère peu agressif du bourdon est également très apprécié en serre, même si le bourdon pique, il faut le rappeler.

Sous abris, la pollinisation est considérée par beaucoup comme un basique. Qu’en pensez-vous ?

Gérald Surena : effectivement, avec 30 ans d’expérience, les producteurs de tomates maîtrisent le sujet. Cependant la baisse de vigilance technique peut s’avérer couteuse, nous l’observons chaque année. Pour les conseillers Koppert, le suivi de la pollinisation doit être très rigoureux et être effectué quotidiennement par l’ensemble du personnel des serres afin de prévenir toute baisse de pollinisation. De nombreux facteurs biotiques et abiotiques jouent sur la pollinisation. Sans suivi régulier, on réagit trop tard et la fécondation est alors impactée. Le suivi du marquage des fleurs est essentiel. Il est facile à réaliser par tous. Ce simple geste d’observation, qui ne demande pas de temps en plus du travail de palissage, garantit une réaction rapide à toute problématique. En fraise, le marquage est moins visible sur les fleurs, mais le suivi s’impose également sur l’activité des bourdons et sur le sur marquage. Dans tous les cas, le bourdon reste un vecteur de pollen. Il n’influe pas sur la quantité ou la qualité du pollen présent dans la culture. Il ne joue que sur la pollinisation, pas sur la fécondation. Il est important de la rappeler. La pollinisation est indispensable mais ne suffit pas à obtenir la nouaison. Sous certaines conditions néfastes, comme par exemple des canicules, la pollinisation peut se faire mais ne sera pas suivie de nouaison malheureusement.

Le suivi du marquage est déterminant, nous le comprenons. Et quels sont les conseils de base à respecter pour l’utilisation des ruches ?

Gérald Surena : pour assurer une pollinisation optimale, plusieurs points doivent être respectés tout au long de la culture. Un guide pollinisation très complet existe chez Koppert et vient d’être remis à jour. Je conseille sa lecture à tout utilisateur des ruches NATUPOL pour s’assurer de ne rien laisser au hasard dans la pollinisation.

Le choix de la bonne ruche dans la gamme proposée est essentiel. Pour cela, il convient de tenir compte de la surface à polliniser, du type d’abris, de la variété, du climat. Parmi les points clés à surveiller :

  • Le positionnement des ruches, qui est souvent à optimiser dans les exploitations. Il faut assurer l’homogénéité dans la culture, veiller à positionner les ruches de façon stable en limitant le nombre de ruches groupées à 3 maximum. Notre conseil est de placer les ruches tard le soir ou tôt le matin après un repos de 30 minutes.
  • Veiller à débarrasser les anciennes ruches de la serre après utilisation. Elles émettent des odeurs gênantes pour les jeunes couvains et attirent parfois les bourdons des ruches voisines, perturbant ainsi les équilibres entre ruches.

Il y a beaucoup d’autres conseils de ce type à prendre en compte dans le guide pollinisation.

En arboriculture, quel suivi préconisez-vous pour une bonne pollinisation ?

Le contrôle se fait plus en observant sur une courte durée les entrées/sorties de bourdons de la ruche. Nous estimons le nombre de fleurs visitées en fonction du nombre de bourdons entrant. Il faut répartir les ruches de façon homogène, en assurant la stabilité et en les surélevant du sol pour éviter les remontées humides. L’usage est vraiment très simple.

Koppert a lancé sa nouvelle gamme Natupol l’an dernier avec notamment la EXCEL et la SMART, quels sont les retours de cette dernière saison ?

Les nouvelles ruches ont été bien accueillies par les producteurs. La EXCEL, qui concentrait le maximum d’innovations sur la vision des bourdons et la ventilation, a rapidement trouvé son public. Très utilisée dans le nord de la France pour pallier aux problématiques de luminosité, on a observé une durée de vie allongée avec moins de renouvellements. La quantité de ruches nécessaire sur la saison a diminué de 7 à 10%. Elle a donné également pleinement satisfaction dans les serres éclairées, et son extraventilation a permis de bien réagir aux coups de chauds durant la période estivale.

La SMART, quant à elle adaptée aux petites surfaces et très utilisée en fraises et tunnels, a montré une grande efficacité avec des démarrages très rapides permettant d’assurer les premiers fruits.

La qualité de nos bourdons est une exigence pour Koppert depuis maintenant 30 ans et nous poursuivons nos recherches en ce sens. Une démarche de valorisation des ruches en fin de vie est en cours avec un projet pilote cette année, et des recherches sur une ruche éco-concue et compostable est en cours également.

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