Tuta absoluta : ne pas baisser la garde

Isabelle Faure est conseillère pour Koppert France depuis 11 ans, basée au siège social à Cavaillon, elle est technico-commerciale et propose le biocontrôle essentiellement en maraîchage sous abris et plein champ, et en arboriculture. Elle anime notre réseau de distribution sur la Drôme, l’Hérault et les Bouches-du-Rhône. Cette saison est particulièrement marquée par la pression de Tuta absoluta. Ce lépidoptère, originaire du Pérou et présent en France depuis 2008, est assurément à garder sous contrôle !


Quelle est la pression de Tuta absoluta rencontrée en 2017 ?
Isabelle Faure : La pression est forte cette année. Sur les secteurs des Bouches-du-Rhône et du Languedoc , j’ai pu constater des montées de populations dès la fin mars alors qu’habituellement les détections  de ce type se font en juin. Les dégâts étaient déjà nets sur feuilles et on notait une forte population de papillons. Aujourd’hui, on a toujours beaucoup de papillons mais les galeries sur feuilles diminuent. Les équilibres s’installent. J’observe une belle reprise des têtes , il faut rester vigilant sur certaines variétés à petits fruits ou sur Noire de Crimée. Il y a un effet variétal net avec Tuta. Globalement en 2017, au niveau national, on note une accentuation, parfois très nette localement, de ce ravageur.


Quelles sont les méthodes biologiques mises en avant par Koppert ?
IF : Notre stratégie se veut très globale. Nous essayons d’agir sur tous les stades. Les chenilles sont touchées par les Macrolophus et des traitements au Bacillus thuringiensis associé à l’adjuvant Squad qui parfait l’application.  Les adultes mâles sont capturés par un piégeage phéromonal. Les œufs sont contrôlés par les trichogrammes et les Macrolophus. Il est essentiel de ne rien laisser au hasard et de ne surtout jamais baisser la garde. Nous avons rebasculé en piégeage avec Tutasan beaucoup plus efficace et très actif en cas de forte présence, on voit facilement les papillons en plein jour. Des lampes bleues sont également complémentaires. Il est essentiel de renouveler les phéromones toutes les 4 semaines systématiquement. Le Macrolophus est maintenant bien en place mais son installation a été plus longue que d’habitude en raison de deux mois particulièrement gris, défavorables à son développement et à sa mobilité. Nous continuons les apports de trichogrammes toutes les semaines. Les actions biologiques contre Tuta sont hebdomadaires et ce ravageur nécessite un suivi sans faille.


Y-a-t-il des spécificités cette année, des observations particulières ?
IF : oui, 2017 est marqué par un retour notable de l’auxiliaire naturel Necremnus artynes, parasitoïde larvaire de Tuta qui avait quasiment disparu depuis 5 ans. On note sa présence utile sur Berre et sur Aimargues dans le Gard notamment. Necremnus est parasitoïde mais c’est aussi un bon prédateur. Sa présence est notable actuellement avec beaucoup d’adultes visibles sur les feuilles et des larves noires de 2mm environ, collées aux chenilles de Tuta. Cet allié indigène renforce la protection biologique installée. Il est témoin aussi de l’absence de traitement phytosanitaires incompatibles. Les stratégies mises en place chez les producteurs jouent à fond la carte des équilibres naturels. Mon objectif aujourd’hui est d’assurer de rester sous le seuil de niveau de dégâts des producteurs en privilégiant au maximum les moyens biologiques pour permettre au Necremnus de pouvoir prendre sa place.


Des conseils pour la fin de saison ?
IF : je pense qu’il faut vraiment souligner l’intérêt du piégeage actif à l’interculture. Il faut renouveler les phéromones avec soin. Ne pas se laisser aller sur la fin, en travaillant sa prophylaxie. Pour la saison prochaine, nous allons proposer des stratégies de nourrissage des Macrolophus plus soutenues pour gagner en puissance plus tôt en saison même si il y a peu d’aleurodes au départ. Le Macrolophus reste un allié incontournable en tomate sur la mouche blanche certes mais aussi et plus que jamais sur Tuta.  Il faut choyer cet allié très tôt en saison.