NatuGro en Golf, l'expérience de Chiberta

Actualité

Le golf de Chiberta date de 1927. C’est l’un des seuls parcours français en bord de mer. Doté d’une superficie de 80 ha, dont 40 en entretien quotidien, il fédère 1200 adhérents passionnés… qui voient la vie en vert. Entre océan atlantique et pinède,  Patxi Ithurry est le responsable de l’entretien des parcours. Il est membre du comité de l’AGREF et également délégué régional Aquitaine. Chiberta travaille à l’amélioration des surfaces en intégrant les contraintes phytosanitaires  et les changements climatiques qui sont déjà manifestes dans la région Sud-Ouest. Le biocontrôle fait partie des nouveaux axes de protection incontournables. Eliane Bidegain, Directrice de l’AGREF et Ollivier DOURS, rapporteur national gazon et animateur de l’institut ECOUMENE viennent compléter cet entretien pour nous apporter tous les éclairages nécessaires sur l’AGREF et les travaux actuels de l’institut ECOUMENE Golf et Environnement.

Quelles sont les spécificités techniques du golf de Chiberta et leur impact sur votre méthode d’entretien ?


Patxi Ithurry : la première spécificité de Chiberta est le sol, sablonneux, ultradrainant en situation de fortes pluies. C’est assurément « l’or de Chiberta », qui reste un golf jouable toute l’année grâce à cette particularité, malgré une pluviométrie de 1500 mm par an en moyenne. Ce choix d’implantation initiale est une grande force pour Chiberta, beaucoup de golfs créés dans les années 90 en terre argileuse n’ont pas intégré cette problématique à leurs dépends. En 2018, nous avons achevé la rénovation de tout notre système d’irrigation après 7 ans de travaux. Cela nous assure un arrosage optimisé pour l’ensemble de nos surfaces, à la fois un confort et une garantie de qualité.
L’autre spécificité de notre site est un climat alternant forte pluviométrie et douceurs exceptionnelles. Ce qui en fait le terrain de jeu de certains indésirables ! Champignons et insectes ravageurs prolifèrent très rapidement. Le gazon en lui-même est également très délicat sous ce climat. Il nous faut pleinement intégrer les excès climatologiques depuis 10 ans maintenant. Pluies, chaleurs, mais aussi parfois vagues de froid sont devenues régulières. Il n’est plus rare de rencontrer des montées à plus de 38°C sur plusieurs jours d’affilée. Nous tenons compte de ces aspects dans nos rénovations et surtout nous adaptons notre programme NatuGro en fonction du climat pour gérer les stress et la résistance de la plante.
La salinité n’est en revanche pas un souci car les forts embruns sont généralement suivis de pluies lessivantes, régulant le problème.
Nous cherchons en permanence à améliorer notre suivi pour nous adapter au mieux. Aujourd’hui par exemple, nous réalisons un semis pour le suivi de différentes variétés de gazon afin à juger de  l’effet des conditions de Chiberta sur le long terme .
 

K. Vous avez fait le choix de protéger votre gazon avec le programme NatuGro, proposé par Koppert, qu’est ce qui vous a convaincu dans cette démarche écoresponsable ?

Patxi Ithurry : nous travaillons avec Adrien Lauberton (référent national Gazon pour Koppert France) sur le programme NatuGro sur 2 ha depuis 2017 sur green. C’est une solution efficace et plus saine que la chimie. Il nous faut ces alternatives efficaces. Nous souhaitons étendre notre protection dans ce sens et y accordons des moyens. Nous pensons développer ce type de protection également sur les fairways et l’aspect économique doit être étudié bien évidemment. Les attaques sont dues principalement au Dollar spot et aussi  au  Pythium. Elles démarrent en février et se maintiennent jusqu’en décembre, poussées par notre climat atypique. Le Sclerotium rolfsii est également présent mais dans une moindre mesure.
 

K. Concernant le Dollar spot et le Pythium, quelles sont vos observations quant au contrôle de cette maladie avec le programme ?

Patxi Ithurry : j’ai observé l’effet très visuel de NatuGro lors d’attaques terribles de Dollar spot. L’attaque perd en virulence et les taches sont moins prononcées. Le gazon repart vraiment plus vite. En conditions normales, avec une pression moyenne, l’attaque peut même être complètement invisible ! Mais à Chiberta, les attaques sont généralement fortes : en fin d’été, en septembre-octobre, la pression est à son paroxysme avec des nuits froides et un sol chaud. L’attaque peut alors apparaitre en une nuit. Associée à une pluviométrie intense, c’est le bouillon de culture assuré qui garantit des taches trainantes tout l’hiver. Le programme proposé par Koppert a été vraiment efficace dans ce contexte.
Pour le Pythium, l’effet est très préventif : nous avions en effet des surfaces très sensibles connues sur nos terrains. Aujourd’hui, avec NatuGro, nous avons oublié ces zones. Nos deux greens très sujets au Pythium ne sont plus concernés ! Au niveau de la résistance, de la beauté du gazon, il est difficile en revanche de certifier qu’il s’agit seulement de NatuGro car nous agissons sur de nombreux autres paramètres.
 

K. Participez-vous à des programmes d’essai au niveau national ?

Patxi Ithurry : oui en effet, nous nous inscrivons notamment en partenaire de l’institut ECOUMENE,  centre spécialisé dans l’entretien des golfs&environnement. L’institut effectue des recherches spécifique à notre domaine d’activité et est à disposition des membres de l’Agref pour répondre aux problématiques techniques.
Ollivier Dours : je travaille régulièrement en partenariat avec Chiberta. Ainsi, aujourd’hui nous menons un semis sur site pour avoir à disposition un essai terrain sur différentes variétés de gazon. Un travail sur le long terme.
 

K. Pouvez-vous nous parler des essais ECOUMENE dans le cadre des biosolutions ?

Ollivier Dours : actuellement, je prépare un nouveau projet baptisé MODEGE. Nous souhaitons proposer un bouquet de modèles maladies et mauvaises herbes adaptés aux conditions françaises. A terme, une application sera disponible sur smartphones. Cet outil de modélisation repose aussi sur l’introduction de microorganismes antagonistes et de biocontrôles peu préoccupants pour l’environnement. Ces solutions sont aujourd’hui identifiées comme une piste sérieuse de réflexion. L’objectif sera atteint si les modèles permettent aux gestionnaires la possibilité d’adapter leurs stratégies de protection phytosanitaire en intégrant ces solutions de biocontrôle dans leurs itinéraires techniques afin de réduire les IFT et d’assurer une protection efficace contre les bioagresseurs. Je souhaiterais intégrer également les ravageurs à l’avenir. Ce projet nécessitera une implication forte des intendants avec des suivis biologiques précis. La R&D Koppert sera impliquée dans le projet MODEGE au travers de TRIANUM bien entendu, contenu dans le programme NatuGro mais aussi avec une nouvelle solution en cours de développement sur Fusariose. Mon objectif avec cet outil est de réussir à mieux raisonner les applications des solutions de biocontrôle. En ajustant encore les apports, en travaillant au mieux les stratégies en fonction des situations nous pouvons réduire les coûts et permettre peu à peu d’en étendre l’utilisation. Elle se cantonne aux greens actuellement et c’est dommage. C’est une approche qui pousse encore un peu plus notre réflexion.

K. Quels seraient vos conseils pour réussir dans cette nouvelle approche de la protection des plantes ?

Patxi Ithurry : au niveau de l’application il faut réaliser une légère aération avant l’apport et une irrigation sérieuse en post application. Il faut vraiment l’intégrer au programme , c’est important , j’ai personnellement testé la différence. Je profite aussi des conditions météorologiques à dessein. Elles sont parfois perturbantes mais elles peuvent aussi nous servir dans la protection biologique. D’une manière globale, l’utilisation de NatuGro est simple.
D’une façon plus globale, je conseillerai aux intendants de visiter les collègues qui utilisent ces solutions. L’échange est important pour toutes ces nouvelles approches. Le protocole NatuGro de Koppert est sérieux et nous bénéficions également de plusieurs appuis techniques importants pour nous. Le conseil et le suivi sont des éléments à prendre en considération. Le Comptoir Horticole Basque Landais est un partenaire de longue date, nous apprécions beaucoup le contact de proximité et la compétence agronomique de Peitto Duhalde. Adrien Lauberton de Koppert nous visite également régulièrement  et enfin, nous bénéficions du travail d’Ollivier Dours dans le cadre de l’institut Ecoumène qui reste une référence pour notre association AGREF. Tout cela conforte notre motivation à trouver des solutions alternatives calibrées pour les spécificités des golfs et à communiquer et partager nos résultats auprès de notre association.
 

K. le mot de la fin pour l’AGREF ?

Eliane Bidegain : l’AGREF est l’association des personnels d’entretien des terrains de golf. Elle a été créée en 1986. Elle s’adresse aux intendants, jardiniers, fontainiers qui travaillent sur les golfs. Notre but est de défendre notre profession, d’assurer la formation continue et de faire circuler l’information en interne. Nous publions la revue Green magazine, et réalisons, en collaboration avec Profield Events tous les deux ans une convention nationale, la Green Golf Convention, et en alternance l’évènement les 48heures du Gazon Sport Pro au stade de France. L’esprit de notre association est la solidarité autour d’une passion pour le gazon. 600 golfs sont affiliés à l’AGREF avec 700 membres actifs. Nous développons une politique écoresponsable avec notamment les travaux de l’institut Ecoumène. Nous axons, notamment, nos projets sur l’eau, les produits phytosanitaires, la biodiversité. Nous souhaitons agir pour nos sites, et cultivons l’esprit de découverte en orientant résolument nos actions sur le partage d’expérience.
K : Une passion qui résonne avec celle que nous portons pour notre microcosme de biosolutions ! Un grand merci pour le temps consacré à ces échanges.

 

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