Biocontrôle de l'acarien en tomate

Témoignage

Biocontrôle de l'acarien, une prise de risque calculée et inspirante pour l'EARL M2C

28 mai 2019


À l’heure où de nombreux professionnels se questionnent sur les biosolutions, l’expérience des sœurs Meiffre apporte une réflexion utile sur la confiance qu’on peut accorder à la nature, et sur la patience nécessaire quand on opte pour cette approche globale de protection des cultures.
L’EARL M2C, située à Arles dans les Bouches du Rhône, est dirigée par Céline et Marie-Claire Meiffre. L’entreprise fait partie du groupement ROUGELINE, Primeur de la Crau.
Audrey Vignaud, responsable technique du marché Cultures sous abris pour Koppert France est leur conseillère technique. La distribution est effectuée par OMAG en la personne de Camille Guillotte, conseillère agronomique préconisatrice spécialisée en lutte intégrée. Cette année, une problématique sanitaire nouvelle est venu bousculer les habitudes. L’acarien tetranyque a nécessité une nouvelle stratégie de biocontrôle. Le point sur cette expérience
enrichissante et assez édifiante avec Marie-Claire Meiffre et Audrey Vignaud.

Petit tour d’horizon de l’entreprise M2C

MC Meiffre : Nous produisons de la tomate grappe sur 2.2 ha, sur deux blocs, en hors sol, sur gouttières. Nous sous sommes associées avec ma sœur en 1993 et avons créé l’EARL en 2001. Le site est familial puisque nous avons repris l’entreprise de notre père. Nous avons commencé la Protection Biologique Intégrée en 2000, sous les conseils de Gisèle Broquier de Koppert, avec Encarsia, Eretmocerus et ensuite le Macrolophus. Depuis, nous poursuivons avec la PBI chaque année, notre objectif est de ne pas traiter.

Pouvez-vous nous parler de votre démarche Zéro résidus ?

MC Meiffre : Nous commercialisons nos tomates sous la marque Rougeline et sommes engagées depuis l’an dernier dans la démarche Zéro résidus. C’est motivant d’utiliser les biosolutions et de voir les résultats obtenus avec les différents auxiliaires. Nous avons parfois de belles surprises comme c’est le cas ce printemps. Les Macrolophus contre la mouche blanche nous rendent bien service et sont la base de notre stratégie. L’an dernier l’Amblyseius swirskii (SWIRSKI ULTI-MITE) est venu renforcer les équipes contre l’acariose bronzée avec de très bons résultats et cette année c’est le Phytoseiulus persimilis (SPIDEX) qui nous a vraiment étonnées et convaincues. Tout cela est très motivant dans le travail. Nous souhaitons tout mettre en œuvre pour ne pas traiter et il existe des solutions naturelles performantes. Il faut savoir bien les utiliser.

Quelle pression rencontrez-vous sur votre site au niveau de l’acarien tetranyque ?


MC Meiffre : D’habitude, nous n’avons vraiment pas de pression, ce ravageur ne fait pas partie de nos ennemis notables. Pourtant, cette année, il a fallu compter sur sa présence et nous avons eu peur face à la pression exceptionnelle et fulgurante. En 30 ans de métier je n’avais jamais vu cela ici. On a vraiment cru devoir traiter et arrêter notre démarche Zéro résidus.
Le climat a été très favorable à l’acarien, avec un temps très ensoleillé, aucun nuage, aucune humidité, une température de 25°C dans les serres. Les dernières pluies remontent à décembre.

Audrey Vignaud : L’acarien est particulièrement favorisé dans ces conditions. Le fait d’être en Zéro résidus peut également avoir une incidence sur l’apparition de ravageurs secondaires, qu’il faut savoir intégrer dans les stratégies globales de Protection Biologique. Sur un des deux blocs, nous avions légèrement moins de Macrolophus, et avec ce climat début 2019 extrêmement ensoleillé et chaud, le Macrolophus ne suffisait plus seul à contrôler l’acarien. Les premières attaques ont eu lieu mi janvier, dans un bloc.

Quelles solutions naturelles avez-vous mis en place pour contrôler ce ravageur virulent ?

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Audrey Vignaud : Dès détection, mi janvier nous avons agi en localisé avec SPIDEX, puis fin janvier de nouveaux gros foyers ont été repérés. Nous avons opté pour le gros conditionnement de SPIDEX 10000 qui permet un lâcher très massif. Nous avons élargi à la chapelle et avons été aidés par les Macrolophus qui devaient être alors autour de 25 individus/plante, mais ne suffisaient pas.
Nous sommes passés à 2 lâchers généralisés fin février devant des détections qui devenaient plus fréquentes et diffuses sur le bloc. Le dosage de 5 individus par m² en généralisé deux fois était nécessaire. Localement sur foyers, nous sommes montés à 20 individus/m². À ce moment, la pression était très forte, avec des toiles en tête sur les foyers.
MC Meiffre : Nous avons complété les Phytoseiulus par des lâchers de Macrolophus récupérés sur les chariots. Tout le personnel était sensibilisé et a participé à cette technique complémentaire. L’idée est de déplacer facilement les Macrolophus là où on en a besoin : sur les foyers d’acariens !

Comment avez-vous vu l’efficacité de la méthode ?


Audrey Vignaud : Début avril, nous étions sur la bonne voie, malgré le climat toujours hyper favorable au ravageur, la bascule de l’équilibre a eu lieu dans le bon sens, en faveur des Phytoseiulus. Nous pouvions observer 10 à 15 Phytoseiulus par foliole sur les gros foyers. De façon plus diffuse, nous étions aussi rassurées par le fait de trouver des auxiliaires partout où nous détections de l’acarien tetranyque. On considère qu’il faut 1 Phytoseiulus pour contrôler 10 à 15 acariens ravageurs.

Face à une pression si forte, et au temps qu'il a fallu pour bien installer les équilibres, avez-vous eu quelques doutes ?

MC Meiffre : Oui, très clairement, à un moment j’ai vraiment cru que l’on allait pas y arriver avec la seule Protection Biologique. J’ai eu des doutes sur les capacités de cet auxiliaire que je ne connaissais pas et j’ai eu peur pour la culture, mais en échangeant avec ma sœur, nous avons finalement décidé de patienter encore 15 jours.  Et ç’était ce qu’il fallait : un peu de temps pour laisser l’auxiliaire prendre sa place et agir efficacement. Peu à peu, une amélioration a été visible. Une fois installé, la rapidité d’action du Spidex m’a étonnée.
Ce qui est difficile, c’est de laisser faire quand la culture souffre. Il y a une impatience à gérer le problème. En étant deux décideurs, nous avons su temporiser et le résultat est excellent. Le Phytoseiulus a de grosses capacités, il faut juste lui laisser un peu de temps pour les exprimer.
Nous avons réussi à gérer cette grosse problématique sans traitements chimiques. Les Macrolophus sont aujourd’hui puissants, nos plantes ont bien reverdi, elles sont fortes et vraiment superbes. Il y a eu une petite perte de rendement sur les quelques plantes foyers les plus touchées, car les têtes ont été coupées, et les bouquets les plus touchés ont été retirés. Il faut accepter de perdre un peu pour laisser le temps aux auxiliaires de faire leur travail, et  y gagner par la suite. Ce genre d’expérience technique est vraiment très motivant.

Audrey Vignaud :  en Zéro résidus, il faut s’armer de la diversité d’auxiliaires disponibles.  Chez Koppert, on a l’habitude de voir la capacité du Phytoseiulus à gérer des situations très difficiles en acariens, sur des cultures hyper sensibles comme l’aubergine, le concombre, la tomate bio, en situations très chaudes. Avec Camille Guillotte, nous avions vraiment confiance dans cet auxiliaire, ça vaut la peine de lui donner sa chance. Cela dit, le Macrolophus a également fait une grande part du travail même s’il est difficile de mesurer qui fait quoi. C’est un bon travail d’équipe, une synergie.

Concernant l’acariose bronzée, vous semblez également convaincue par le biocontrôle ?


MC Meiffre : en effet, nous sommes sujets à l’acariose bronzée chaque année depuis longtemps déjà. L’an dernier, Koppert nous a proposé une nouvelle stratégie avec l’Amblyseius swirskii. Nous avons pu mesurer une très belle efficacité. De fait, nous poursuivons la technique cette année. Il est dommage de devoir attendre de voir les attaques d’acariose bronzée pour agir car nous perdons du temps. Il faut vraiment être performant dans la détection de ce ravageur. Nous allons poursuivre notre approche pour éviter les traitements.

En conclusion, cette expérience précise vous inspire-t-elle des conseils pour les producteurs de tomates qui rencontrent des difficultés acariens ?

Audrey Vignaud : Je dirais que la détection peut apporter beaucoup pour améliorer, pour agir précocement en généralisé. Il ne faut pas attendre trop longtemps. Même si on perd une partie de nos auxiliaires, car sans acarien le Phytoseiulus ne s’installe pas sur les plantes, cela vaut le coup de s’assurer une garantie pour la culture.
La pression est plus forte cette année depuis avril sur le bassin Sud-Est. Sur les plantations de novembre, il n’y a habituellement pas d’acariens avant fin mai. Il convient donc d’agir rapidement.
Le Phytoseiulus persimilis (SPIDEX) permet de parfaire encore nos stratégies et accompagne les démarches visant à s’affranchir des pesticides chimiques.

 

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