Acariose bronzée : le biocontrôle en action

 Depuis une dizaine d’années, l’acariose bronzée est devenue une problématique majeure en tomate en France ainsi qu’au niveau Européen. L’acarien Aculops lycopersici reste finalement l’un des seuls ravageurs en tomate sans stratégie de protection biologique clairement identifiée. La protection phytosanitaire classique est par ailleurs plus que limitée par des phénomènes de résistance et donc d’efficacité. Aculops lycopersici reste une forte tête et crée des perturbations dans les équilibres. Une gageure pour nos équipes techniques qui avancent cependant une stratégie alternative qui a fait ses preuves sur le terrain, notamment chez MM Pascal Delahaye et Mathieu Serrault, au Jardin de Rabelais. La R&D Koppert poursuit quant à elle ses recherches sur le sujet. Le point avec Hervé Catteau, conseiller technique Koppert au Jardin de Rabelais et Pascal Delahaye sur les possibilités de Protection Biologique.

Koppert : parlez-nous de la pression rencontrée en France en tomate ?
Hervé Catteau : L’acarien Aculops lycopersici est présent quasiment partout en France, avec une pression soutenue en cas de conditions chaudes et sèches. Si les cultures éclairées favorisent particulièrement son développement, on peut le trouver sur tous les bassins de production. La Bretagne reste encore assez épargnée dans l’ensemble. Avec les choix de production s’engageant pour le sans résidus, sans pesticides, ce ravageur prend une importance stratégique dans les modes de Protection Biologique Intégrée. Il faut agir biologiquement.
Pascal Delahaye : La présence d’acariose bronzée sur notre entreprise a coïncidé avec le développement des serres éclairées. C’est un ravageur préoccupant depuis 2001. Il a pris de l’ampleur et depuis un an et demi, nous avons fait le choix de ne plus utiliser du tout de produits chimiques pour combattre l’acariose. Nous avons choisi d’opter pour la lutte biologique avec Amblyseius swirskii.

Koppert : Quelle solution propose Koppert actuellement ?
H. Catteau : Depuis plusieurs années, je propose d’agir avec Amblyseius swirskii, en sachets d’élevage. Je le conseille notamment en serres éclairées sur foyers, sur une base uniquement curative. L’Amblyseius swirskii a une capacité limitée de nettoyage mais qui reste intéressante et suffisamment efficace pour agir durablement sur la culture. Il est conseillé en complément d’autres méthodes naturelles et permet de ne pas utiliser de produits phytosanitaires de synthèse de façon durable. Il intègre les stratégies PBI avec pertinence.

Koppert : Amblyseius swirskii est pourtant connu pour ne pas apprécier la culture de tomate, comment en avez-vous fait votre allié sur cette culture ?
H. Catteau : En effet, il est certain qu’Amblyseius swirskii n’est pas le premier candidat auquel on pense en tomate, pourtant, tout est parti d’observations récurrentes d’A. swirskii sur tomate à la base des plants sur des foyers avérés de thrips et d’Aculops. A. swirskii est très gêné par les trichomes (poils gluants) de la tomate. C’est là que la nature est parfois bien faite : la présence de l’acarien Aculops lycopersici entraine une destruction des trichomes sur tiges, feuilles et rafles. Ce qui permet à notre auxiliaire A. swirskii de se déplacer efficacement, de s’installer là où il ne pouvait pas le faire et enfin de prédater sa proie !
C’est le dégât provoqué par Aculops lycopersici qui permet l’action positive d’A. swirskii. Cet état de fait nous permet donc de proposer une stratégie curative. Aculops doit être présent pour pouvoir installer l’auxiliaire.
P. Delahaye : Lors des premiers apports, nous avons utilisé les sachets d’élevage traditionnels proposés par Koppert, les SWIRSKI MITE PLUS. Les résultats étaient assez irréguliers, il est vrai, mais nous avons persévéré. En juillet 2017, nous sommes passés aux nouveaux conditionnements conseillés par H. Catteau : ULTIMITE SWIRSKI. Ces sachets ont de suite offert une diffusion bien plus longue et l’efficacité s’est renforcée de façon visible.

Koppert : Quelles sont les atouts d’ULTIMITE SWIRSKI sur la problématique acariose ?
H. Catteau : En 2017, Koppert a lancé un nouveau sachet d’élevage spécifique aux conditions limitantes : ULTIMITE SWIRSKI. Ce sachet permet d’utiliser l’auxiliaire Amblyseius swirskii sans subir les influences négatives des basses hygrométries. Ce nouveau support correspond parfaitement à nos besoins pour lutter contre l’agent responsable de l’acariose bronzée en tomate. Le ravageur s’attaque en effet aux tiges, à la base de la plante, là où le climat est plus chaud et sec à cause des gaines de ventilation, des tuyaux de chauffage et de l’effeuillage. Avec ce nouveau sachet, les résultats ont été manifestes : la diffusion d’Amblyseius swirskii est excellente et durable en tomate. Le contrôle de l’acariose s’est grandement amélioré même s’il reste encore des points à parfaire.

Koppert : Présentez nous succinctement la stratégie proposée par Koppert :
H. Catteau : la détection doit être excellente et la plus précoce possible. C’est le point clef pour la réussite de cette technique de PBI. Dès détection, on positionne des sachets d’ULTIMITE SWIRSKI pour circonscrire l’attaque en bas et en haut des tiges attaquées. Une zone de « quarantaine » est également définie autour du foyer repéré. Lors de mes visites, je contrôle l’installation de A. swirskii : œufs, larves et adultes, et nous prévoyons les renouvellements de sachets éventuels. Les A. swirskii ayant prédaté l’Aculops lycopersici ont une couleur ocre caractéristique.

Koppert : Quelle sont les consignes et les mesures prises en particulier au Jardin de Rabelais ?
P. Delahaye : Le personnel des serres et nos techniciens sont formés à la détection de ce ravageur qui n’est pas facile à repérer. Chaque rang est visité par un technicien toutes les deux semaines dans cet objectif acariose. La méthode demande une grande rigueur et nous mettons les moyens humains pour réussir notre technique. Nous avons également notre propre classification acariose qui nous permet d’être précis et coordonnés dans nos observations. Nous avons enfin un programme de formation interne sur la Protection Biologique Intégrée avec le centre de formation Koppert pour permettre à nos collaborateurs de bien cerner toutes les problématiques et d’être motivés dans la démarche d’entreprise. Notre stratégie, après moult observations sur les plantes, est de réussir à entretenir A. swirskii, même lorsque l’Aculops lycopersici diminue fortement. C’est le challenge actuel.

Koppert : Quelle est votre conclusion et les pistes de travail pour parfaire la PBI contre l’acariose bronzée ?
P. Delahaye : La méthode nécessite une attention extrême mais elle permet de vivre avec l’acariose et d’avoir un équilibre, ce qui est vraiment notre objectif de production. Nous sommes dans la bonne voie. En utilisation généralisée, c’est un budget conséquent mais nous faisons ce choix de protection de façon assumée pour réguler notre ennemi numéro 1.
Hervé Catteau : Pour les exploitations ayant la capacité de détecter précocement les foyers d’acariose, la protection biologique de l’acariose est tout à fait envisageable actuellement avec ULTIMITE SWIRSKI. Mais cette bonne détection est une condition sine qua none.
Des recherches sont en cours chez Koppert, avec des partenariats (Projet ACAROSOL, contrôle biologique des acariens sur solanacées), pour compléter la stratégie acariose bronzée car la faille actuelle reste dans l’approche uniquement curative. Une gestion préventive serait beaucoup trop couteuse avec notre technique actuelle.